8 avril 2017

PETITE HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Tandis que Grégory Jarry nous raconte rigoureusement, jour après jour, la Révolution Française, avec la même truculente ironie qu’il employa déjà pour l’histoire de la colonisation française, Otto T. nous en montre une autre qui suit le même cheminement, ici et maintenant. « La Révolution française de 1789 racontée à ceux qui vont fait la prochaine. » Tout un programme !

Face au pays au bord de l’effondrement, suite à un soulèvement général, l’Assemblée Nationale appelle Louis XX pour restaurer l’ordre. C’est lui qui va passer en revue les principaux événements de la Révolution française afin d’en déduire la marche à suivre « pour transformer celle qui se lève en pétard mouillé », comme auparavant en 1968, en 1871 lors de la Commune de Paris, en 1848 ou en 1830, pour « sauver l’essentiel » tout en laissant croire au peuple qu’il est libre et souverain. Si ce récit respecte scrupuleusement la vérité historique, il est mené avec un sens de la caricature qui renforce son caractère éminemment synthétique, avec énormément d’humour. Ainsi, nous explique-t-il, « la noblesse représente 200 000 personnes, soit 0,7% de la population totale. Parfois elle s’enferme 120 journées dans son châteaux avec des vierges pour des fêtes orgiaques qui ont inspiré au marque de Sade ses plus beaux romans. » Les fermiers généraux « s’enferment quinze jours l’été dans leurs hôtels particuliers avec des femmes mûres. » Etc.
On retiendra que le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention abolit carrément l’esclavage qu’elle qualifie de « crime de «lèse-humanité ». En 1802, Napoléon abolira l’abolition.
Grégory Jarry tente de réhabiliter Robespierre au détour de la page 146 : le défendre « n’est pas soutenir la terreur, c’est défendre l’idée de révolution que ces hommes se sont efforcés d’incarner, car ils ont sincèrement voulu l’égalité, la fraternité et le bonheur commun ». La « réaction thermidorienne » est « la vengeance des ennemis d’une conception égalitaire de la Révolution ».
Les deux registres, comique et pédagogique, trouvent parfaitement leur équilibre, sans se nuire.

Pendant ce temps, nous suivons en image les évènements qui agitent le pays : grève générale illimitée, réquisition des résidences secondaires comme logements sociaux, instauration de la commune libre et autogérée de Neuilly avant bien d’autres, suspension des lois et usages ayant cours dans le pays, convocation des états généraux de la République. Les doléances sont nombreuses : transports en commun gratuit, arrêt du remboursement de la dette et des centrales nucléaires, suppression des pesticides et des profits, nationalisation de toutes les banques et instauration de monnaies locales. Bien sûr, tout ne se passe pas simplement. En Région PACA, on manifeste pour réclamer la réunification de l’Église et de l’État, la restauration de l’Empire français. Mais le changement est en marche : « Ah ! Ah ! Ah ! » d’Henri Salvador est décrété nouvel hymne national. Les villes se vident au profit des campagnes. L’Europe puis le reste du monde va suivre.
Cet humour omniprésent dissimule une profonde réflexion et un réel dessein politique. Mélange de « L’An 01 », bande dessinée de Gébé, et de « À nos amis », le second manifeste du Comité Invisible (qui figurent tout deux dans la bibliographie finale), c’est un véritable programme utopique qui est, mine de rien, proposé. Dénonçant la mainmise des banques, de la finance et des grandes entreprises sur les institutions, la privatisation progressive des biens communs de la société (transports, énergie, eau, santé, éducation, télécommunications, médias,…), l’invention d’une nouvelle langue pour parler au peuple, « une langue qui dit le contraire de ce qu’on pense tandis qu’en acte on fait le contraire de ce qu’on dit », la remise en cause des acquis sociaux, les auteurs montrent surtout un autre monde possible. Possible car en 1789, il a fallu quinze jours pour que s’écroule la monarchie capétienne vieille de 800 ans. Possible car un an plus tôt, personne, non plus, ne pouvait y croire ni même l’imaginer.


Sans hésiter nous recommandons cet ouvrage et le classons avec la poignée d’indispensables déjà recensés.




 PETITE HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
Grégory Jarry et Otto T.
184 pages – 20 euros
Éditions FLBLB – Poitiers – novembre 2015
http://flblb.com/



Les Éditions FLBLB ont aussi mis à disposition leur ouvrage sur le site de Médiapart :


https://static.mediapart.fr/files/2016/04/28/flblb-revo-chap-1.pdf

https://static.mediapart.fr/files/2016/04/28/flblb-revo-chap-2.pdf

https://static.mediapart.fr/files/2016/04/28/flblb-revo-chap-3.pdf

https://static.mediapart.fr/files/2016/04/28/flblb-revo-chap-4.pdf

https://static.mediapart.fr/files/2016/04/28/flblb-revo-chap-5.pdf

https://static.mediapart.fr/files/2016/05/02/flblb-revo-chap-6.pdf

https://static.mediapart.fr/files/2016/05/04/flblb-revo-chap-7.pdf






Voir aussi :

PETITE HISTOIRE DES COLONIES FRANÇAISES - Tome 1 : l’Amérique française

PETITE HISTOIRE DES COLONIES FRANÇAISES - Tome 2 : l’Empire




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