13 février 2018

CHRONIQUE DE LA GUERRE CIVILE

Pendant une année, de juillet 2002 à août 2003, Éric Hazan tient ce journal auquel il confie ses commentaires sur l’actualité internationale, la vie de son quartier, les livres en cours de publication,… autant de fronts de cette « guerre civile mondiale » qui ne dit jamais son nom.
Faute de pouvoir résumer ces incessants coq-à-l’âne, nous en avons sélectionné quelques uns, à la manière d’un lexique qui donnerait le ton de l’ensemble.

À propos du mobilier anti-miséreux : « Ceux qui ont pris la décision d’empêcher les clochards de dormir dans le métro et ceux qui ont mis en oeuvre cette décision doivent savoir que le jour venu ils n’auront aucune circonstance atténuante. » (16 juillet 2002)

À propos du FMI (« Famine et Misère Internationales ») : « Cette mondialisation-là, pour en venir à bout il ne suffira pas de militer dans ATTAC ni de s’abonner au Monde Diplomatique ni même de faire le pèlerinage de Porto Alegre. » (1er août 2002)

« Les « communistes » continuent de faire comme s’ils existaient encore. Il est temps qu’ils arrêtent pour nous permettre d’utiliser enfin sans guillemets le plus beau nom du politique, le plus chargé d’espoir, celui de communisme. » (3 septembre 2002)

« Il faut oser sortir de la « légalité républicaine » (pourquoi les gouvernements seraient-ils seuls à le faire ?), entreprendre des actions illégales – ou tout au moins fortement dissensuelles – et les rendre scandaleusement publiques. Quand l’avortement criminel était passible des travaux forcés à perpétuité, nous avons déclaré publiquement (à la télévision !) que non seulement nous en avions réalisés mais que nous étions bien décidé à continuer. De ce jour-là, la loi était morte. » (26 décembre 2002)

« Pour isoler les corps et les esprits, il faut entretenir un certain niveau d’angoisse dans la population : cancer, pollution, accidents de la route, vache folle, voitures brûlées, agressions de grands-mères, inondations catastrophiques vont dans ce sens. » (16 janvier 2003)

« Le G8 s’achève à Evian : le « mouvement anti-mondialisation » est en voie de décomposition. Tant qu’il était inorganisé et violent, il avait au moins l’intérêt d’obliger les « grandes démocraties » à sortir leurs chiens de garde, à exhiber de temps en temps leur nature policière. Une fois pris en main par des bureaucrates responsables – LCR, ATTAC, Greenpeace et les autres –, l’ « altermondialisme » devient une entreprise pour la dissémination équitable de la peste libérale-productive dans le monde entier. » (4 juin 2003)

À propos du grand écart de Lula entre Porto Alegre et Davos au lendemain de son élection : « La « gauche » va bientôt parler de « déception », ce qui n’a évidemment aucun sens, la trahison des promesses électorales étant consubstantielles au réformisme quelle qu’en soit le mode. (…) Si le risque de « changement » avait été sérieux, les États-Unis auraient fait le nécessaire pour le prévenir. »

Sa revue de presse nous rappelle quelques faits vite oubliés.
Le protocole de convention contre « la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants » a été adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2002. Israël qui avait voté pour avec 126 autres pays, a annoncé deux jours plus tard que c’était uniquement du à « une erreur humaine ».
Même si le pétrole d’Irak n’appartient qu’aux irakiens, comme l’a affirmé Bush, c’est le géant pétrolier Halliburton, dirigé par Dick Cheney avant qu’il ne devienne vice-président des États-Unis, qui va bénéficier d’un contrat d’extraction et de distribution de sept milliards de dollars sur deux ans, sans appel d’offre. Et les américains vont réparer et remettre en service l’oléoduc Mossoul-Haïfa, fermé depuis 1948 et réduire ainsi la facture énergétique d’Israël de 25 à 30%.

C’est l’époque de la première invasion de l’Irak par les américains, peu après celle de l’Afghanistan, de la prise d’otage dans un théâtre de Moscou par des tchétchènes. Il est aussi beaucoup, beaucoup question d’Israël et de la Palestine. Un peu de l’agonie sans fin du PS. Quinze ans après, la lecture de ces notes à chaud parlent tout autant d’aujourd’hui. Doublement intéressante, donc. Et cela pourra même donner envie à certains de se livrer au même exercice.




CHRONIQUE DE LA GUERRE CIVILE
Éric Hazan
146 pages – 12,20 euros
La fabrique Éditions – Paris – Janvier 2004

http://lafabrique.fr/

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