12 janvier 2017

PUTAIN D’USINE


Jean-Pierre Levaray raconte le boulot, l’usine, son malaise, son dégoût même, comme une vague de désespoir jusqu’à en arriver souhaiter que la boîte ferme.

 Employé depuis 28 ans dans une usine de chimie classée Seveso près de Rouen, la même que celle qui dévasta Toulouse en septembre 2001, le jour où il écrit la dernière page de ce livre. Il évoque avec des mots justes la mort violente des collègues, les accidents, les réparations sans cesse repoussées pour ne pas stopper la production, le hasard qui fait que ce n’est pas lui.
Il relate les dimanches, les nuits, les journées passées à l’usine, temps volé à la vie. Il raconte aussi quelques grèves, comme des soupapes qui permettent de relâcher un peu de colère.
Il l’affirme : la vraie vie est ailleurs ; le travail salarié c’est la mort ! Il refuse d’être défini par ce qu’il fait à l’usine. Il dénonce cette frustration pour toutes ces heures perdues, les désirs dévoyés par les marchands pour compenser en consommant. Acheter pour pallier nos manques à exister ce n’est pas la vie.
Tout devient plus difficile à supporter car ils sont de moins en moins nombreux pour produire toujours plus. Putain d’usine !

Sans fioriture ni misérabilisme, Jean-Pierre Levaray a su rendre compte de son quotidien, du poids du travail sur la vie. Au-delà du témoignage, son point de vue politique sur les aspirations de la classe ouvrière est intéressant. Les ouvriers ne veulent pas le pouvoir mais tout simplement ne plus travailler. Il propose une société, libertaire, sans classes ni État, dans laquelle seraient autogérées des petites unités de production, à taille humaine, en effectuant des rotations de tâches parmi la population, en abaissant le temps de travail à 2 heures par jour, 3 mois par an par exemple, en robotisant et automatisant au maximum. Si on veut que le monde ouvrier adhère à un projet révolutionnaire, il faut tenir compte de ses aspirations.



PUTAIN D’USINE
Jean-Pierre Levaray
98 pages – 7 euros
Éditions L’Insomniaque – Montreuil – janvier 2002

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